La ministre de la Justice, Yoko Kamikawa, a confirmé lors d’une conférence de presse la pendaison de Shoko Asahara (de son vrai nom Chizuo Matsumoto), le fondateur et gourou du groupe, et de ses disciples Tomomasa Nakagawa, Tomomitsu Niimi, Kiyohide Hayakawa, Yoshihiro Inoue, Seiichi Endo and Masami Tsuchiya. C’est la première fois que sont exécutés des ex-membres de la secte Aum Vérité Suprême. La probabilité qu’ils soient rapidement conduits au gibet s’était renforcée ces derniers temps avec le déplacement de plusieurs d’entre eux. Six autres fidèles condamnés à la même peine capitale demeurent en attente.

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Shoko Asahara avait vu sa sentence confirmée en 2006 et attendait depuis dans les couloirs de la mort à l’instar de 12 complices impliqués dans des crimes divers, dont l’attentat au sarin qui avait tué 13 personnes et intoxiqué 6 300 autres. Aum est tenue au total responsable du décès de 29 personnes et de 6 500 blessés. Quelque 190 autres membres de la secte avaient également été condamnés à diverses sentences.

23 ans d’attente

Le 20 mars 1995, selon un procédé très réfléchi, plusieurs membres de l’organisation occulte Aum Vérité suprême, créée par Shoko Asahara, répandaient du gaz sarin dans des rames de métro convergeant vers le cœur administratif de la capitale. Nul ne comprit immédiatement ce qui se passait à cette heure matinale, en pleine période de pointe, alors que de nombreux passagers sortaient en suffoquant de diverses bouches de métro des lignes visées. Quelque temps auparavant, lors d’une sorte de répétition des effets de ce gaz, sept personnes avaient été tuées dans la ville de Matsumoto, au centre du pays, et 600 autres avaient souffert de maux divers, parfois définitifs.

En décembre 1999, la secte Aum, qui a accueilli jusqu’à 10 000 fidèles, a reconnu pour la première fois officiellement sa responsabilité dans l’attentat contre le métro de Tokyo et celui de Matsumoto. La première peine capitale pour l’attentat de 1995 a été prononcée en septembre 1999.

«Il a fallu 23 ans depuis l’attentat pour que cette sanction soit exécutée, malheureusement, les parents de mon mari, tué dans l’attentat, sont décédés avant», a déploré devant la presse Shizue Takahashi, l’épouse d’un employé du métro mort dans l’attentat et présidente d’une association de victimes. La loi japonaise précise que les condamnés à la peine capitale doivent être exécutés dans les six mois suivant la confirmation de leur sentence, mais dans la pratique ils restent souvent des années dans les couloirs de la mort.

Débat autour de la peine de mort

Certains craignent que la pendaison d’Asahara fasse de lui un martyr. «Des craintes existent qu’il soit vénéré comme un dieu, je pense que nous devons rester vigilants», met en garde Minoru Kariya, fils de Kiyoshi Kariya enlevé et tué par la secte Aum en 1995.

«Les exécutions d’aujourd’hui, au nombre de sept, sont sans précédent dans l’histoire récente du Japon. Les attaques menées par Aum étaient injustifiables et les responsables méritent d’être punis. Cependant, la peine de mort n’est jamais la solution», a commenté Hiroka Shoji, chercheur sur l’Asie de l’Est au sein de l’organisation de défense des droits humains Amnesty International.

L’organisme déplore depuis toujours que le Japon continue de pratiquer la peine de mort «en disant que les exécutions sont inévitables parce que le public l’exige», les sondages montrant en effet que le public soutient ce type de sentence.

LIBERATION avec AFP